#BodyAcceptance 1 : Comment j’ai appris à accepter ma couleur de peau

Premier article de cette série de 3 articles qui me tient particulièrement à cœur. « Comment j’ai appris à accepter ma couleur de peau » Titre étrange quand on sait que je suis le fruit du mélange France/Afrique. Malgré tout, si aujourd’hui, je sais que je suis noire, cela n’a pas toujours été le cas. Du moins, j’ai eu beaucoup de mal à trouver ma place étant enfant ou adolescente. C’est vrai qu’à première vue, cet article ne semble pas parler à une grande majorité de personnes. Mais tu verras, je vais parler d’appartenance, de colorisme, de bodyshaming… Et là, il est fort probable que ces mots te parlent. Je vais te raconter des choses personnelles (encore), dont pour la plupart des personnes que je connais, ne savent rien. Non pas parce que je n’ai jamais voulu en parler, mais tout simplement parce que lorsqu’on me voit aujourd’hui, personne ne peut se douter, que moi aussi, j’ai pu vivre ça.

Je suis ce que certains appellent communément une « métisse très claire » (ou une lightskin si tu vis aux USA, you know what I mean)Malgré tout, lorsque j’étais plus petite, en maternelle et en primaire, je me souviens que les enfants blancs me trouvaient « trop noire » pour être blanche et les enfants noirs, me trouvaient « trop blanche » pour être noire. Je ne dis pas que je n’avais pas d’amis, cela serait te mentir, mais disons que nous étions une minorité, à jouer entre nous. Quand tu es petit, et que tu fais face à ce type de discours, tu te demandes pourquoi les autres te disent cela, car dans ton esprit innocent, tu ne fais pas forcément la distinction des couleurs. Et aujourd’hui, je ne crois pas que cela venait des enfants eux-mêmes, je pense que cela venait des parents. Pourquoi je dis ça ? Parce que je suis convaincue que les petits enfants sont tout simplement le reflet de leurs parents et ils répètent malheureusement ce qu’ils entendent à la maison. Je me souviens que c’est à cette époque que j’ai commencé à me poser des questions sur ma couleur de peau, sans en parler à qui que se soit, pas même ma mère… Je pense que cela a été ma première erreur, mais j’avais quoi 6 ans ? Je n’avais pas le discernement que j’ai aujourd’hui.

Plus tard, en arrivant au collège et au lycée, j’ai connu d’autres remarques telles que « Tu ressembles à Micheal Jackson avec ton teint clair », « T’es sûre que tu n’es pas Albinos ? Parce que tu es claire quand même ! », « Tu mets quelle marque de Tchoko pour être si claire ? » ou la meilleure, de la part d’un membre de ma famille qui me surnommait « la mundele » (« la blanche » en Lingala)… J’étais donc prise entre trois feux, entre les gens qui pensaient que j’étais trop foncée pour être blanche, ceux qui disaient que j’étais trop claire pour être considérée comme une noire et (mes favoris) les gens qui pensaient que j’avais plus de privilèges dus à ma couleur de peau, et donc j’étais une « noire meilleure ». J’étais victime de racisme mais j’étais aussi l’interprétation de quelque chose que je trouve horrible : le colorisme.

« Le colorisme c’est le fait qu’une personne noire claire aura beaucoup d’avantages
par rapport à une personne noire à la peau foncée. »
Ablaye Kane
Source : newswithattitude.com

Pause ! Imagine la scène, t’es là posée avec tes copines et un mec vient te dire que tu ressembles à une Albinos parce que tu es claire ? Je n’ai rien contre les Albinos, que je trouve très beaux, mais il faut être honnête, à l’époque, venant d’un noir, ce n’était pas un compliment. Re-Pause ! Je ressemble à Micheal Jackson… A un homme donc (hashtag bodyshaming) ? Aujourd’hui, je pourrai lui dire aisément « Va dire ça à mon 95E », mais à 13 ans, que peux-tu dire face à tant de mépris ? Pas grand chose il faut l’admettre, et tu t’enfermes dans ta chambre pour pleurer. 

Reprenons… De ce fait, comme j’étais claire et que dans l’esprit de certains noir.e.s, la peau claire est synonyme de beauté, je n’avais pas ma place chez eux. Et à l’inverse, les blancs, eux, me mettaient dans la case « pas blanche », donc « pas pour eux ». Du coup, j’ai commencé à me poser de réelles questions sur ma couleur de peau. Étais-je si différente ? Tous ces discours ont été, avec le temps, un déclencheur d’un mal-être profond associé à ma couleur de peau, et comme je n’en parlais pas, je n’avais personne pour me rassurer et me faire comprendre les choses. J’ai commencé à me trouver trop claire, puis trop foncée, puis de nouveau trop claire.

Et il y a un truc que nous faisons pratiquement tous, ou que nous avons tous fait à un moment de notre vie, c’est de se remettre en question à cause des critiques que les autres nous assènent sans réfléchir. Ils nous insultent en aspergeant le tout de « LOL » pour nous faire croire que ceci est une blague, sans penser qu’avant eux, 50 personnes nous ont déjà fait la même réflexion et que cela finit par nous blesser. Autant te dire que j’ai longtemps cherché ma place. Étais-je meilleure du fait de ma couleur de peau ? Plus belle ? Moins bien ? Je ne comprenais pas à l’époque et aujourd’hui, quand quelqu’un me dit « t’es claire pour une zaïroise » cela me choque encore un peu.

Du coup, tu te demandes toujours comment je me suis sortie de tout cela et comment j’ai réussi à dépasser ces questions afin de devenir la femme que je suis aujourd’hui ?

En réalité cela s’est passé en 2 temps pour moi : l’analyse et la compréhension. Plus je grandissais, plus je comprenais que le problème ce n’était pas spécialement ou spécifiquement moi, mais ma communauté (encore un problème de communauté, tu me diras). J’ai appris que les noir.e.s étaient un peuple qui pratiquait l’auto-ségrégation, et qui traînait des complexes qui remontent à l’époque de l’esclavage. J’ai compris par la suite, qu’il y avait tout un problème identitaire derrière tout cela, que depuis des siècles, le noir pensait que le blanc lui était supérieur. Une fois que j’ai eu toutes les informations en main, les questions ont cessé. J’ai arrêté de me demander pourquoi je n’avais pas ma place partout où j’allais, même dans ma famille parfois. Et j’ai compris que le soucis résidait dans le fait que les noir.e.s ne s’acceptaient pas eux-mêmes en tant que noir.e.s. De ce fait, il y a une désunion qui les poussent parfois à dire ou faire des choses qui ne sont pas en adéquation avec les valeurs qui étaient les nôtres, avant l’esclavage.

Aujourd’hui, oui, je sais que je suis noire mais cela n’affecte pas ma beauté, mon intelligence, ou ma personnalité. Et ce n’est pas parce que je suis claire que je suis meilleure ou moins bien que quiconque. J’ai accepté ma couleur de peau au moment où j’ai réalisé que le manque de connaissance des uns et des autres ne devait pas impacter la manière dont j’allais réussir ma vie et toucher le monde. Alors s’il te plaît, fais moi une faveur, quand tu verras une jolie fille noire ne lui dis plus « tu es belle pour une noire » ou encore, quand tu verras un enfant métisse, ne dis pas à ses parents « il est plus clair/foncé que toi, t’es certain.e de ne pas l’avoir kidnappé LOL ? », parce que d’un ce n’est pas drôle et de deux, tu pourrais détruire l’image que cette fille ou cet enfant peuvent avoir d’eux-même. N’oublie pas, les mots peuvent faire plus mal que les coups. 

5 Comments

  1. Precious
    5 décembre 2017

    J’aime beaucoup cet article, en tant que jeune femme noire je le trouve très pertinent. Ma mère est métisse à la peau très claire, mon père est noir et je n’ai jamais eu cet étape à passer, le fait de devoir accepter ma couleur mais j’ai toujours été révoltée quand on me disait « tu es jolie pour une noire » ou « tes cheveux sont bien pour une noire » et le pire étant « voyant d’où tu viens, tu parles bien, t’es intelligente pour une noire de quartier». C’est tout sauf un compliment ce genre de remarque. Enfin bref, merci pour cet article.

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    1. mlle alx
      11 décembre 2017

      Bonjour Precious,

      Merci pour ton commentaire.
      Je suis choquée, et particulièrement par cette phrase : « voyant d’où tu viens, tu parles bien, t’es intelligente pour une noire de quartier », car c’est comme si on te disait que tu ne peux pas choisir qui tu es, ta personnalité parce que tu vis dans une cité. Mais les clichés ont la dent dure, ça c’est certain !

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  2. Salima
    5 décembre 2017

    J’ai beaucoup aimé l’article et il a été pour moi instructif. Je t’avoue que quand tu nous en parlait en story je me disais mais comment a t elle pu avoir du mal à accepter sa couleur alors qu’elle n’est pas foncée du tout? Je ne me suis toujours dit que les personnes issues d’un métissage noir blanc trouvaient justement mieux leur place puisque chez les noires ils sont toujours considérés comme étant plus beaux et chez les blancs ils sont considéré comme étant moins noire. Lire ton expérience ça m’a appris et j’ai hâte de lire ton article sur comment tu as accepté tes cheveux puisque de la même manière qu’avec cette article je pars avec quelques à priori.

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    1. mlle alx
      11 décembre 2017

      Bonjour Salima,

      Merci pour ton commentaire.
      Je suis contente que cet article ait pu t’éclairer un peu plus sur ce point, car en effet, souvent les gens pensent comme toi.
      J’ai hâte que tu me dises ce que tu penses sur le prochain article.

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  3. Flo
    23 décembre 2017

    Bonjour,
    J’avoue le titre de l’article m’a interpellé, puis en poussant plus loin……… souvenirs. Des réflexions stupides que je pensais dû à mon comportement. « Elle se prend pour une blanche », « T’es vraiment au lait toi….
    Bref trop blanche, trop noire
    Merci pour ton article

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