#BodyAcceptance 2 : Comment j’ai appris à accepter mes cheveux Afro

Les jours passent et il est déjà le temps de publier le second article de la trilogie « #BodyAcceptance » que j’ai lancé le mois dernier. Aujourd’hui, je reviens donc avec un article plus ou moins attendu, puisqu’il s’agit de te raconter comment j’ai fait pour accepter mes cheveux.

Comme tu le sais déjà, je suis métisse (noooon, jure ??!) et ce métissage, m’a donné une chevelure plutôt imposante (c’est le cas de le dire). Mes cheveux sont touffus, mes cheveux sont longs, mes cheveux sont frisés… Bonjour, je suis une curly hair girl !

Commençons par le début de mon histoire capillaire. J’ai, depuis toute petite, eu les cheveux hyper longs. Je suis une fille qui a le cuir chevelu sensible et qui craint les cheveux. Cela sous-entend donc, qu’il est difficile de me coiffer sans que je grimace ou pleure. Et quand je pouvais passer sur l’étape démêlage, je le faisais bien volontiers.

Mon histoire commence donc dans les années 90, en France, avec une maman blanche. Je pense que mon complexe, celui que j’avais venait essentiellement de là. J’ai posé l’ambiance alors imagine la scène, t’as 6 ans, tes copines ont les cheveux lisses et soyeux, et toi t’as une touffe pas du tout définie parce que premièrement, ta maman n’a pas l’habitude de coiffer ton type de cheveux. Et dans les années 90 il n’y avait pas YouTube, il n’y avait pas de livres sur le sujet… Bref, c’était ma mère et mes cheveux contre le monde pour me coiffer. Secondo, même avec toute la bonne volonté du monde (et Dieu seul sait que ma mère y a mis du sien comme ce n’est pas permis), ma mère n’était pas aidée car il n’y avait pas de produits vendus en grande surface qui soient adapté à mon type de cheveux. Le plus souvent, je finissais la journée avec les cheveux en bataille et ma mère ne savait plus trop quoi faire.

Dans cette configuration de l’histoire, j’ai souvent été moquée pour mes cheveux. C’était d’ailleurs la honte de ne pas avoir les cheveux lisses et petit à petit, j’ai voulu cacher mes cheveux. J’ai fait mon premier tissage à l’âge de 10 ans. C’était ma tante qui me l’avait fait. Je me sentais tellement jolie, tellement « comme les autres ». Malgré tout, c’est une expérience que je n’ai pas retentée de suite car c’était cher, très cher à l’époque d’avoir ce type de coiffure. Pourtant, le sentiment de plénitude que j’ai ressenti à ce moment-là de ma vie (il a duré 3 semaines), je m’en souviendrai toujours. On ne se moquait plus de moi, plus de mes cheveux. Mais une fois que j’ai retiré cet artifice, tout a recommencé. Si bien, que le Directeur de mon école primaire, s’était ouvertement moqué de moi en disant aux maîtresses que j’étais comme un petit singe dans la jungle…


Pause, pause, pause ! On souffle, on relit, on décrypte. Un homme s’est moqué de moi, ok. J’avais 10 ans. Et au lieu de me défendre, vous savez ce qu’on fait les maîtresses, elles ont ri, à gorges déployées. Pire encore, je me souviens d’une maîtresse noire avec des cheveux frisés, rigolant et en disant « ses cheveux sont horribles »… Je crois vraiment que, pour l’estime de soi, l’amour de soi et de mes cheveux, ont basculé ce jour-là, à cet instant précis. Et pour cause, le soir en rentrant, j’ai pris un ciseau, j’ai tout coupé.


Alalalah ! Quand j’y repense, je me demande comment on peut faire autant de mal à un enfant sans s’en rendre compte. Tu remarqueras qu’une fois encore, mon complexe par rapport à mes cheveux ne vient pas de moi, mais essentiellement des autres et de l’étiquette qu’ils m’ont collé à travers les années. Albinos et sauvage… ça fait un peu beaucoup dirons-nous.

Un jour, ma mère s’est rendue compte du désastre que j’avais infligé à mes cheveux. J’avais tout coupé mais rien n’était droit. J’avais un côté plus long que l’autre, il a donc fallu égalisé… Et donc cheveux encore plus courts. J’avoue, j’ai de la chance de ce côté-là. L’année qui suivait j’avais les cheveux aux épaules… mais j’ai commencé à repenser aux années précédentes et je ne voulais pas être jugée pour mes boucles. J’ai commencé à faire des chignons. Pas des jolies high-bun, nooooooon, moi je faisais des chignons bas, flous, avec 1000 barettes et élastiques, bien plaqué avec du gel pour que rien ne bouge et pas un cheveu qui frisouille dans la journée (je pense que j’ai du dépensé 15 000EU en gel LOL).

Jusqu’à mes 14 ans ou 15 ans je ne sais plus. Je me souviens du jour où j’ai dit à ma mère que je souhaitais me défriser les cheveux. Une de mes plus grosses erreurs ! Elle a donc accepté de me défriser les cheveux. Et pour la première fois de ma vie, j’avais les cheveux lisses, vraiment lisses, beaux (selon moi) et longs ! Et j’ai fait les pires choses à mes cheveux : je les ai coupés au carré, j’ai eu une frange… Mais surtout, je faisais un défrisage toutes les 3 semaines sur la totalité de ma chevelure. Il y a une année où ils n’ont pas du tout poussé… En 2007, je crois. Du coup j’ai commencé à espacer les défrisages mais je les lissais au fer pcq les racines ce n’étaient pas envisageable pour moi. La pousse a repris mais pas le volume. Et plus le temps passait et plus je continuer à tuer mes cheveux car je ne voulais pas voir la réalité en face : j’ai des boucles !

Nous arrivons en 2010, l’année qui a tout changé pour moi. Concrètement, j’avais les cheveux longs. Mais je commençais à me poser des questions sur mes cheveux. Les 5 dernières années avaient été un combat sans fin contre mes boucles mais au moment du shampoing, chaque semaine, je voulais mourir de voir mes cheveux dans un état si désastreux. J’avais 15 cm de racines bouclés et 45 de cheveux ondulés, filasses et cassants sur les longueurs. Une vraie torture car depuis 1 an, je n’avais pas défrisé mes cheveux.

En parallèle, j’ai commencé à lire énormément sur le cheveu bouclé et Afro. J’ai commencé à découvrir un mouvement peu connu en France : les Nappy. J’étais subjuguée par tant de beauté et tout. Et je me disais qu’il serait temps que moi aussi, je sois belle avec mes cheveux. Petit à petit, au fil des blogs et de mes lectures, j’ai senti comme un déclic. On parlait de naturel, on parlait de Big Chop.

Soudainement, j’ai commencé à comprendre que je ne pourrai rien contre mes cheveux car je suis née avec. Ils sont un des nombreux héritages laissés par mes ancêtres noirs. Et qu’en combattant mes boucles, je ne faisais qu’aggraver mon problème d’acceptation de soi, mon problème de confiance en moi. J’ai réalisé que j’avais une vision de la beauté qui était erronée, que je m’étais enfermée dans une case que la société a construite et qui dit que le cheveu lisse est plus beau que les autres cheveux. Ou que les cheveux bouclés ou Afro sont sales, pas coiffés etc. Alors j’ai osé faire ce que je n’avais jamais fait auparavant : me couper tous les cheveux pour récupérer ma nature.

Et tout d’un coup, mon regard sur mes cheveux, et le regard des autres a changé. J’ai eu des moqueries bien sur (3615, je vivais dans une cité) mais j’ai surtout connu de l’admiration, du respect… Que des sentiments qui vous font vous sentir bien. Je ne ressemblais plus à personne, si ce n’est à moi-même. J’ai pu imposer mon style et ma personnalité car j’avais osé casser les codes (et en plus, j’étais blonde platine, ce qui ne gâchait rien MDR). J’étais fière de moi !

Bon pour être honnête, le chemin ensuite n’a pas été de tout repos et je te raconterai ça dans un autre article qui s’appellera sans doute « Mon big Chop, 8 ans avec mes cheveux naturels », un truc stylé dans le genre. Mais c’est comme cela que j’ai retrouvé, une première fois mes cheveux naturels et que je les ai acceptés et aimés. Finalement, je réalise, qu’encore une fois, mon complexe ne venait pas spécialement de moi au départ, comme de nombreux complexes qu’on a. Ils viennent pour la plupart des autres et de la société qui essayent de nous enfermer dans des cases afin que nous correspondions aux standards qu’ils fixent et qu’ils se font de la beauté. Et l’acceptation de soi, l’amour de soi, commence le jour où nous décidons de briser ces barrières qui nous oppriment.

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