Bonjour docteur, je suis malade…

Me revoilà avec un vrai article qui me concerne moi et ma vie (avoue je t’ai manqué meuf) ! Et oui, comme il s’agit de MON blog, je peux me permettre de faire des pauses quand bon me semble et surtout quand j’en ressens le besoin. Et c’est ce que j’ai fait ces 3 derniers mois. J’avais besoin de temps pour moi, ma santé (surtout ma santé) et puis pour me concentrer sur d’autres sujets professionnels.

Ma pause, je l’ai souhaité et je l’ai faite car, (si tu me suis sur Instagram), je suis malade. Du coup, j’aime écrire, j’aime partager, mais je m’aime encore plus. Je voulais également reprendre le blog avec un article que vous m’avez demandé en priorité « comment s’accepter quand on prend du poids », mais j’ai décidé de d’abord vous expliquer POURQUOI j’ai pris du poids cette année et ensuite, nous verrons comment accepter le tout.


Donc reprenons meuf, je suis malade. Je ne te parle pas d’un petit rhume des foins, je te parle d’une véritable maladie, qui t’épuise, qui te fais grossir, qui te donne la migraine un jour sur deux. Mais avant d’en arriver là, avant d’avoir un diagnostic précis, j’ai dû batailler, comme bien des personnes en surpoids, pour qu’on me croit, pour qu’on s’occupe de mon cas.

Tout commence quand je rencontre un chirurgien car en effet, je me voyais grossir malgré une alimentation équilibrée, un suivi avec une nutritionniste, et du sport. J’ai commencé à voir apparaître des grosses vergetures violettes sur le ventre et sur les bras. Je savais que quelque chose n’allait pas et pour en savoir plus, je voulais voir quelqu’un spécialisé dans la maladie de l’obésité. Alors non, je ne voulais pas de sleeve, mais qui mieux qu’une personne qui fait des recherches sur la maladie pouvait répondre à mes interrogations ? Franchement, je t’avoue qu’au départ, je me suis dit que le mec allait essayer de me convaincre de passer sur le billard, qu’il n’allait pas comprendre ma démarche et là… SURPRISE ! Se fut TOUT le contraire. Je n’ai pas une grande expérience des médecins grossophobes, mais, en tant que femme ronde, je me méfie TOUJOURS (et c’est triste).


Ce chirurgien m’a parlé d’hormones, de génétique, de « ce n’est pas votre faute madame, c’est une maladie qu’on en peut pas guérir actuellement, on peut juste l’enrayer avec la chirurgie bariatrique ». J’étais agréablement étonnée de voir ce chirurgien me dire que ce n’était pas MA faute. Et il m’a vivement conseillé de voir un gynécologue ou un endocrinologue car selon lui, une prise de 15kg en quelques mois, ne pouvais être expliquée que par un problème hormonal. J’écoute, je comprends et en sortant, je prends immédiatement un rendez-vous avec un gynécologue ET un endocrinologue.

Il faut savoir que je ne vais chez le médecin qu’en cas d’extrême urgence. J’ai horreur de ça, et encore plus depuis qu’un généraliste m’avait refusé la pilule parce que je cite « vous êtes grosse, il faut faire une cure d’amaigrissement immédiatement ». C’était il y a plus de 2 ans, je faisais donc 76kg pour 1m78. Mais comme mon IMC veut que je sois à 65/68kg… Tu comprendras que je suis retournée BIEN VITE chez MON généraliste, celui qui me suis depuis que j’ai 3 ans et qui est à 1h30 de chez moi.

Un mois passe et il est temps de me rendre chez le gynécologue. Il me regarde de la tête aux pieds et me demande pourquoi je viens. J’essaye de lui expliquer, tant bien que mal, que je mange de moins en moins, que je fais 3h de sport par semaine, que je suis tout le temps fatiguée mais que je grossis. Que j’ai pris 15kg depuis quelques mois sans aucune raison et que je m’inquiète… Puis il me coupe en me disant « oulaaaah madame, c’est pas normal, il faut arrêter de manger ». Premier choc, je le regarde, claque des doigts et lui demande sèchement « vous m’avez écouté ? ou alors je suis trop grosse ? ». En exclusivité (mieux qu’un interview de Beyoncé après une cérémonie des Grammy’s), voici le dialogue reconstitué entre cet homme et moi :

– Lui : oui mais il faut faire attention là…
– Moi : merci mais c’est pour ça que je viens en fait ! Il me semble que c’est aussi les symptômes du SOPK…
– Lui : oui, je vais vous faire une échographie vaginale mais, va falloir voir un endocrinologue parce que les gens obèses ne peuvent pas avoir d’enfant…
– Moi : justement j’ai un rendez-vous. Sinon vous pensez que c’est le moment pour me parler d’enfant ?
– Lui : non mais, il faut faire attention à votre alimentation et faire du sport. Installez-vous.

Je m’installe. Il me fait une échographie vaginale et là, deuxième choc :
– Lui : vous avez un bel utérus… C’est dommage d’être en surpoids quand même.

Je me rhabille plus que vite, parce que je sens que je vais l’insulter et lui lance :
– Moi : merci pour cette démonstration. Encore heureux que mon utérus soit beau, il n’a jamais servi pour abriter la vie. Mais sinon, à part me dire que je suis grosse, on peut parler du fait que je sois malade ?
– Lui : allez voir un endocrino’, c’est pas un SOPK. Ensuite revenez me voir.
– Moi, en souriant à pleine dents : absolument pas !

Cette consultation a duré 12 minutes à tout casser. Et jusqu’à présent je suis toujours en colère quand j’y pense.  Avec sa manière de se dédouaner, la manière hautaine dont il m’a parlé… Quand je pense que des femmes en surpoids et obèses vont voir ce mec parce qu’elles ont l’espoir de fonder une famille… cela me met hors de moi, tu ne peux pas savoir ! Et j’ai encore plus les nerfs depuis que je sais ce que j’ai. Aujourd’hui, je me tâte à aller voir cet idiot avec le résultat de mes analyses pour lui dire « la seule chance que vous avez c’est qu’on soit en France, parce que si nous étions aux USA, je porterais plainte pour non-assistance à personne en danger » (jamais dans l’exagération moi ptdr). Et puis mon rendez-vous avec l’endocrinologue arrive.

Petit aparté : franchement, au fond de moi, je savais que j’étais malade. Je connais mon corps et je ne suis pas du genre à prendre du poids rapidement. C’est d’ailleurs le contraire : je perds hyper facilement d’habitude et quand j’en reprends c’est plutôt lent. Pour te dire à quel point c’est lent : entre mars 2016 et septembre 2017, j’avais repris 5/6kg. Mais là, j’ai pris très rapidement et je ne perds rien, même quand je ne mange pas pendant des jours : entre novembre 2017 et mai 2018, j’ai pris 15kg. Donc oui, j’ai pris 20kg sur 2 ans (après l’arrêt de mon coaching alimentaire) mais 15 d’entre eux ont été pris sur 6 mois seulement, en changeant d’alimentation pour quelque chose d’encore plus sain.


Continuons ! J’arrive donc chez l’endocrinologue, elle est calme, elle est douce, elle est bienveillante. Elle m’écoute, demande après mes antécédents familiaux, elle fait son travail. ELLE-FAIT-SON-TRAVAIL ! Quoi de plus normal me diras-tu ? Mais quand, quelques temps avant, on te dit que t’es infertile parce que tu es obèse t’as vu, tu as le droit de douter du corps médical. Bref, j’apprécie l’échange et elle décide de me tester pour tout ce qu’il est possible de tester : thyroïde, hypophyse, abdomen, foie, reins, ovaires, seins, urines, diabète… Tout y passe, elle n’oublie rien. Elle veut me rassurer mais reste lucide. Elle me dit qu’il se peut également que je n’aie rien et que dans ce cas-là, il faudrait faire en fonction. Mais elle ne me parle pas de sleeve, au contraire, elle me dit que le chemin est très long, que ce n’est pas forcément la solution, qu’après, pendant 2 ans, il faudra reprendre la pilule pour ne pas tomber enceinte car c’est mieux alors que je ne désire plus jamais prendre la pilule. Elle me demande si la nutritionniste est bien, si elle travaille sur la sensation de faim et non pas que sur la perte de poids à tout prix… BREF ! Je ressors de là avec des étoiles dans les yeux, non parce que je vais enfin faire des examens, mais parce que j’ai été écouté et que je suis tombée sur une personne compétente.

C’est vraiment triste qu’en 2018, nous soyons émerveillées par le fait qu’il existe encore de bons médecins, car TOUS les médecins devraient être bons, car nous ne devrions pas avoir peur d’aller se faire soigner sous prétexte que nous ayons plus de gras que les autres.

Mon épopée démarre en mai et durant 2 mois, mes semaines s’axent autour d’examens sanguins, urinaires et radiologiques. Je suis de plus en plus fatiguée et je commence à recevoir les premiers résultats qui commencent à m’inquiéter. Je regarde sur Google, je discute avec l’endocrinologue qui me donne des pistes mais qui attend les dernières analyses pour poser un diagnostic. Tout du long, j’ai fait plusieurs analyses qui montrent que je n’ai aucun problème lié à mon obésité : ni diabète, ni cholestérol, ni gras autour des organes, ni de fibrose, ni rien… et c’est tant mieux. Mais le jour de savoir ce que j’ai vraiment approche et je ne suis pas sereine… et pourtant !

L’endocrinologue m’explique que je vais avoir un traitement dans un premier temps, mais que je pourrai être opérée par la suite, si besoin est. Elle m’explique aussi que le poids pris ne va pas forcément partir comme ça, mais que je fais tout ce qu’il faut pour et que de toute façon une fois soignée, la perte sera sans doute plus facile. Elle m’explique également que je n’ai aucun signe d’infertilité et que le moment venu, je n’aurai médicalement parlant, aucun problème pour avoir un bébé, et que je ne prendrai pas forcément beaucoup de poids. Elle me rassure, elle m’explique les choses et me dit qu’on va surveiller les quelques autres anomalies que j’ai pour ne pas prendre de risque pour la suite de ma vie.

Alors oui, je suis malade. Pour de vrai ! Mais je vais garder le nom de ma maladie pour moi. Oui elle me fait grossir, oui, et elle explique TOUS mes symptômes… Mais il n’est pas essentiel de m’étaler sur le nom de cette maladie en elle-même. Oui, je suis soulagée parce que je sais que j’ai eu raison de ne pas lâcher et de savoir que je n’étais pas folle. Non, je n’ai pas peur et je ne panique pas. Mais je reste marquée par le fait qu’avant ça, je suis tombée sur un médecin qui m’a jugé avant même d’écouter mon histoire.


Je suis dépassée par le fait que parce que je suis grosse, les médecins fassent encore trop souvent le raccourci avec la nourriture en pensant que je mange trop. Je suis outrée que parce que je suis grosse, ça signifie que je suis une citoyenne de seconde zone qui doit lutter pour obtenir des soins dignes de ce nom. Je suis atterrée de me rendre compte que parce que je suis grosse, j’hésite à aller chez le médecin de peur qu’il ne passe son temps à m’insulter par des mots dont il ne mesure pas la portée. Je repense à la Alexa d’il y a quelques années, celle qui se détestait… Elle serait rentrée en pleurant, elle aurait fait un « régime pomme » ou pire, elle n’aurait rien mangé durant des jours et des jours. Et je vois la Alexa d’aujourd’hui, celle qui s’aime même avec 20kg en plus et qui a juste envie de n*quer des mères (promis je vais arrêter d’écouter du Booba mdr), de tout casser et de créer son association pour les victimes de grossophobie. Car oui, ma vie compte tout autant qu’une nana qui fait du 36 et j’aimerai que tu, vous, et tous les médecins du monde en aient conscience. Nos vies ont une valeur, qu’on fasse 50 ou 120kg, alors j’aimerai que tout cela devienne aussi simple que de pousser la porte d’un cabinet et de dire « bonjour docteur, je suis malade ! ».

2 Comments

  1. Joycee
    10 juillet 2018

    Ohlalalalalala certains médecins pour ne pas dire tous, ça donne envie de gifler des joues 😡
    Faudrait leur apprendre l’écoute et l’empathie vraiment (cours obligatoire en médecine). Force Alexa, tu n’es pas toute seule 😘

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  2. Cathy
    21 juillet 2018

    J’en ai vu tellement des médecins grossophobes, c’est juste horrible, et comme tu dis si bien, on met du temps à se reconstruire et à oser retourner consulter, on a cette peur d’être insultée à nouveau et qu’on refuse de nous écouter et de nous soigner… Heureuse que tu sois prise en charge en tout cas !

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